Article rédigé le 26 septembre 2026 à destination des conseillers en gestion de patrimoine, cabinets CIF et family offices qui souhaitent distribuer de l'assurance IARD et de la prévoyance à leurs clients sans multiplier les codes compagnie.

Un conseiller en gestion de patrimoine (CGP) peut distribuer de l'assurance IARD et de la prévoyance s'il est immatriculé à l'ORIAS comme intermédiaire d'assurance, en pratique courtier (COA), en plus de son statut de conseiller en investissements financiers (CIF). Un courtier grossiste lui donne accès à plusieurs compagnies avec une seule convention, sans code chez chaque assureur.

Le CGP est le seul professionnel qui voit l'ensemble du patrimoine d'un client : la société, l'immeuble détenu en SCI, le crédit, la prévoyance du dirigeant, la résidence principale. Chaque ligne de ce bilan appelle un contrat d'assurance, souvent laissé à la banque ou à l'agent général faute de statut clair ou d'accès produit. Ce guide traite le cadre juridique du cumul, les produits réellement placés, puis l'équipement du cabinet auprès d'un grossiste.

Un CGP est-il un courtier en assurance ?

Pas automatiquement. « Conseiller en gestion de patrimoine » n'est pas un statut réglementé en soi : c'est un métier qui empile plusieurs inscriptions au registre unique tenu par l'ORIAS. Le socle est le statut de conseiller en investissements financiers (CIF), défini à l'article L. 541-1 du Code monétaire et financier : conseil en investissement, conseil portant sur la fourniture de services d'investissement, conseil portant sur la réalisation d'opérations sur biens divers. Le paragraphe II ajoute la réception-transmission d'ordres, dans les conditions et limites fixées par le règlement général de l'AMF, et précise que le CIF peut « exercer d'autres activités de conseil en gestion de patrimoine ».

Ce texte ne couvre pas l'intermédiation en assurance. Une assurance vie, une prévoyance, une RC Pro ou une multirisque immeuble sont des contrats d'assurance : les présenter, les proposer ou aider à les conclure relève de la distribution d'assurance, qui suppose une immatriculation à l'ORIAS comme intermédiaire d'assurance (article L. 512-1 du Code des assurances). Rémunérée, cette activité est réservée par l'article R. 511-2 à six catégories : courtiers, agents généraux, mandataires d'assurance, mandataires d'intermédiaires d'assurance, personnes physiques salariées commises à cet effet, intermédiaires enregistrés sur le registre d'un autre État membre de l'Union européenne ou de l'Espace économique européen. Pour un cabinet indépendant, la voie usuelle est la catégorie courtier d'assurance (COA), un mandat de mandataire d'intermédiaire (MIA) restant possible. C'est ce second statut qui fait du CGP un distributeur d'assurance, avec ses propres obligations.

Les inscriptions multiples sont courantes : au 31 décembre 2025, l'ORIAS recensait 72 666 intermédiaires pour 123 083 inscriptions, dont 12 636 dans le secteur de la finance (orias.fr), soit près de 1,7 catégorie par intermédiaire, toutes activités confondues. Le rapport annuel portant sur 2024 signalait déjà une progression de 5,1 % des inscriptions CIF (Planète CSCA, 9 septembre 2025).

StatutTexte applicableRegistreAutoritéCe qu'il permet
CIFArt. L. 541-1 et suivants du Code monétaire et financierORIAS (finance)AMF, via une association agrééeConseil en investissement, transmission d'ordres, conseil patrimonial
Courtier d'assurance (COA)Art. L. 511-1, L. 512-1 et R. 511-2 du Code des assurancesORIAS (assurance)ACPRDistribution de contrats d'assurance vie, prévoyance, santé et IARD
IOBSPArt. L. 519-1 du Code monétaire et financierORIAS (banque)ACPRIntermédiation en crédit et regroupement de crédits

Sans immatriculation d'intermédiaire d'assurance, un CGP ne peut ni présenter un contrat IARD ou prévoyance, ni être rémunéré pour cette distribution, ni signer une convention avec un grossiste.

Quelles obligations quand on cumule CIF et courtier d'assurance ?

Cumuler deux statuts, c'est cumuler deux jeux d'obligations, contrôlés par deux autorités.

ObligationCôté CIFCôté courtier d'assurance
ImmatriculationORIAS, catégorie CIFORIAS, catégorie COA (art. L. 512-1 et R. 511-2 du Code des assurances)
Honorabilité et compétenceArt. L. 541-2 du Code monétaire et financier ; compétence selon le règlement général de l'AMFArt. L. 512-4 (honorabilité) et R. 512-9 (capacité professionnelle, niveau I pour le dirigeant courtier)
Adhésion obligatoireAssociation professionnelle agréée par l'AMF (art. L. 541-4)Aucune
RC ProArt. L. 541-3 ; minima de l'art. D. 541-9 : 150 000 € par sinistre et par an (moins de deux salariés), 300 000 € par sinistre et 600 000 € par an (deux salariés et plus)Art. L. 512-6 ; minima de l'art. A. 512-4 : 1 564 610 € par sinistre et 2 315 610 € par an (version en vigueur depuis le 2 novembre 2024)
Formation continueActualisation des connaissances suivie par l'association agrééeQuinze heures par an minimum (art. R. 512-13-1), liste des formations présentable à tout moment
Devoir de conseilRègles de bonne conduite de l'art. L. 541-8-1 du Code monétaire et financierRecueil des exigences et besoins, conseil motivé (art. L. 521-4 du Code des assurances)
LCB-FTOuiOui, avec une cartographie des risques propre à l'assurance

Trois conséquences pratiques en découlent.

La RC Pro CIF ne couvre pas le courtage d'assurance. Les minima de l'article D. 541-9 sont sans commune mesure avec ceux de l'article A. 512-4. Un grossiste qui instruit une ouverture de code vérifie que l'attestation mentionne explicitement l'intermédiation en assurance et ses plafonds ; une attestation « CIF » seule bloque le dossier.

Le devoir de conseil se documente deux fois. Le questionnaire de connaissance client du CIF ne remplace pas le recueil des exigences et des besoins exigé par la DDA avant tout contrat d'assurance ; le formalisme est détaillé dans DDA et devoir de conseil : la checklist ACPR.

Les quinze heures se tracent. L'article R. 512-13-1 impose de pouvoir produire, pour le cabinet et chaque collaborateur concerné, la liste des formations, l'organisme, la date, la durée et les thèmes. Ce qui est attendu lors d'un contrôle est décrit dans formation continue DDA : 15 heures, thèmes et traçabilité ; ces heures sont distinctes de celles que l'association CIF peut exiger.

Quels produits d'assurance un CGP place-t-il réellement ?

Un CGP ne devient pas courtier IARD généraliste : il place les contrats qui découlent du bilan patrimonial qu'il vient de réaliser.

Situation rencontrée en rendez-vousProduit d'assuranceUniversPour approfondir
Dirigeant TNS, profession libérale, gérant majoritairePrévoyance TNS (arrêt de travail, invalidité, décès), santéPrévoyance / santéVoir ci-dessous
Client chef d'entreprise, consultant, profession réglementéeRC Pro, protection juridique professionnelle, multirisque professionnelleProfessionnelsMRP TPE : tarifer la multirisque, PJ pro : l'argumentaire
SCI familiale, immeuble de rapport, local détenu en sociétéMultirisque immeuble, PNO par lotImmobilierPNO vs MRH : le piège de la loi Alur
Investisseur locatif, LMNP, dispositif fiscalGLI, PNOImmobilierGLI : critères et stratégie de placement
Financement d'une acquisitionAssurance emprunteur en délégationParticuliersVoir ci-dessous
Artisan, promoteur, marchand de biensRC décennale, dommage ouvrageConstructionRC décennale : reconstruire un dossier refusé

La prévoyance TNS, extension naturelle du bilan

C'est le produit où le CGP est le plus légitime : il connaît déjà les revenus, la structure et la situation familiale du dirigeant non salarié, dont le régime obligatoire couvre souvent mal l'arrêt de travail et l'invalidité. Le cadre fiscal est celui de l'article 154 bis du Code général des impôts : les cotisations versées à des contrats d'assurance de groupe (dits « Madelin ») au titre de la prévoyance sont déductibles du bénéfice imposable, dans la limite de 7 % du plafond annuel de la sécurité sociale augmentés de 3,75 % du bénéfice imposable, avec le plafonnement global prévu par le texte. Le contrat se place sous le statut COA, avec une attention particulière aux questionnaires médicaux et aux délais de carence.

La RC Pro et la protection juridique des clients dirigeants

Le client qui vient pour sa holding ou son PER dirige souvent une société de conseil, un cabinet libéral ou une petite entreprise de services, dont la RC Pro est parfois inexistante ou souscrite en ligne sans lecture des exclusions. Le CGP connaît le chiffre d'affaires, l'activité exacte et les contrats clients : il est bien placé pour poser la question. Il n'a pas besoin de devenir spécialiste, mais d'une tarification multi-compagnies et d'une équipe de souscription pour les activités atypiques.

La multirisque immeuble et la PNO des SCI

Beaucoup de patrimoines conseillés contiennent un immeuble détenu en SCI, un local commercial loué ou plusieurs lots de copropriété. Chacun appelle un contrat distinct : la multirisque immeuble pour l'immeuble entier, la PNO pour un lot en copropriété. Depuis la loi Alur, tout copropriétaire, occupant ou non, doit être assuré au minimum pour sa responsabilité civile ; ce point et la différence avec la MRH du locataire sont détaillés dans PNO vs MRH : le piège réglementaire.

La GLI des investisseurs locatifs

La garantie loyers impayés est un sujet de rendement autant que d'assurance : elle sécurise le flux locatif intégré dans la simulation. Elle suppose une instruction du dossier locataire, des ratios de solvabilité et une lecture des exclusions, décrits dans GLI : critères de souscription et stratégie de placement. Le CGP la place rarement mais à des moments décisifs.

L'assurance emprunteur en délégation

Le client qui finance une acquisition peut choisir un contrat d'assurance emprunteur distinct de celui de sa banque, et en changer à tout moment depuis la loi n° 2022-270 du 28 février 2022. Le CGP qui intervient sur le financement a une raison légitime de proposer cette délégation, sous réserve d'être courtier d'assurance et de documenter l'équivalence des garanties.

Pourquoi passer par un grossiste plutôt que d'ouvrir des codes compagnie ?

Le volume est la vraie question. Un CGP place de l'IARD par à-coups : trois RC Pro cette année, une multirisque immeuble, deux GLI, une prévoyance par mois. Aucune de ces branches ne justifie à elle seule un code chez une compagnie, qui suppose généralement un minimum de production, une convention, un extranet et un bordereau de commissions à réconcilier. Multiplié par cinq ou six assureurs, le cabinet administre des accès au lieu de conseiller.

CritèreCodes compagnie en directCourtier grossiste
Conventions à signer et suivreUne par compagnieUne
Minimum de productionFréquent, par compagnieVariable selon le grossiste ; aucun chez Tutassûr pour démarrer
Extranets et identifiantsUn par compagnieUn seul extranet, plusieurs compagnies
Bordereaux de commissionsUn par compagnie, à réconcilierUn bordereau consolidé
Risques atypiques (immeuble ancien, profession réglementée, résilié)Refus fréquent hors cible de la compagnieÉtude par une équipe de souscription
Intégration aux outils du cabinetRareMarque blanche et API chez certains grossistes
Propriété du portefeuilleCabinetCabinet, sous réserve de la convention

Le mécanisme est celui décrit dans distribuer de l'assurance sans avoir ses propres codes compagnie : le grossiste a déjà ouvert les codes auprès des compagnies, négocié les conditions, et met ses gammes à disposition des cabinets qui distribuent sous leur propre code courtier. Pour le CGP, l'accès aux produits n'est plus proportionnel au volume : le cabinet peut placer une seule multirisque immeuble dans l'année sans justifier d'un historique auprès de l'assureur.

Les risques qu'il ne sait pas tarifer sont pris en charge par une équipe de souscription. Une flotte à la sinistralité chargée, une profession libérale à activité mixte, un dirigeant résilié en auto : autant de dossiers où le CGP n'a ni le temps ni l'expertise, mais où il a le client. La méthode est décrite dans risque complexe : comment Tutassûr étudie un dossier ; un cabinet établi peut aussi répartir ses univers entre plusieurs grossistes (stratégie multi-grossistes).

Comment un CGP s'équipe avec Tutassûr

Tutassûr est un courtier grossiste en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le numéro 22001730, sous le contrôle de l'ACPR, dont le siège est à Échirolles, près de Grenoble. Le fonctionnement avec un cabinet de gestion de patrimoine suit la logique décrite pour tout courtier, avec quelques points propres à ce profil.

L'ouverture de code se fait en ligne, sur parcours-odc.tutassur.fr, en quatre étapes : candidature, vérification de l'ORIAS, du Kbis et de la RC Pro, signature de la convention de partenariat, puis accès à l'extranet. Pour un CGP, la vérification porte sur l'inscription en catégorie COA et sur une attestation RC Pro qui mentionne bien le courtage d'assurance. Les pièces sont listées dans comment ouvrir un code courtier auprès d'un grossiste.

Aucun minimum de production n'est exigé pour démarrer, et la convention ne contient pas d'exclusivité de cabinet. Un CGP peut placer sa première prévoyance TNS le mois de l'ouverture et rester libre de ses autres partenariats.

Les gammes couvrent les deux univers que rencontre un CGP : particuliers (auto, habitation, santé, prévoyance, emprunteur) et professionnels (RC Pro, RC décennale, multirisque professionnelle, flotte, protection juridique professionnelle, marchandises, dommage ouvrage), les dossiers atypiques étant étudiés par l'équipe de souscription.

L'extranet, l'API et la marque blanche permettent de tarifer depuis les outils du cabinet ou d'intégrer un parcours d'assurance à son site, comme l'explique API et marque blanche : intégrer l'assurance.

Les heures DDA peuvent être suivies sur Tutassur Academy ; la liste des formations exigée par l'article R. 512-13-1 reste à tenir par le cabinet.

Les erreurs à éviter

  • Présenter un contrat de prévoyance ou d'IARD sans immatriculation d'intermédiaire d'assurance. Le statut CIF ne l'autorise pas, et une commission perçue sans immatriculation expose le cabinet.
  • Se contenter de la RC Pro CIF. Les minima des articles D. 541-9 et A. 512-4 ne sont pas du même ordre ; l'attestation doit couvrir explicitement l'intermédiation en assurance.
  • Réutiliser le questionnaire CIF comme document de conseil assurance. Le recueil des exigences et besoins de la DDA est un document distinct, à conserver au dossier client.
  • Ne pas tracer les quinze heures. Une attestation globale « formation patrimoniale » sans thèmes, durée ni organisme ne suffit pas.
  • Oublier la LCB-FT sur le volet assurance. Les obligations de vigilance s'appliquent aussi aux contrats d'assurance ; le cadre est rappelé dans LCB-FT : les obligations du courtier.

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Cet article a une visée d'information générale et ne constitue pas un conseil juridique, fiscal ou financier. Les conditions d'immatriculation, d'assurance de responsabilité civile professionnelle et de formation continue sont fixées par le Code monétaire et financier et le Code des assurances ; vérifiez votre situation auprès de l'ORIAS, de votre association professionnelle agréée et d'un conseil habilité.

Questions fréquentes

Un CGP peut-il vendre de l'assurance IARD et de la prévoyance ?

Oui, à condition d'être immatriculé à l'ORIAS comme intermédiaire d'assurance, en plus de son inscription CIF ; pour un cabinet indépendant, c'est en pratique la catégorie courtier d'assurance (COA), un mandat de MIA restant possible. Le statut de conseiller en investissements financiers ne couvre pas l'intermédiation en assurance : présenter un contrat de prévoyance, une RC Pro ou une multirisque immeuble suppose cette immatriculation, une RC Pro d'intermédiaire d'assurance et le respect de la DDA.

Faut-il une seconde RC Pro pour cumuler CIF et courtier d'assurance ?

Il faut une couverture conforme à chaque statut. La RC Pro du CIF (article L. 541-3 du Code monétaire et financier) et celle de l'intermédiaire d'assurance (article L. 512-6 du Code des assurances) ont des minima différents. Un contrat multi-statuts peut réunir les deux, mais l'attestation doit mentionner explicitement l'activité de courtage d'assurance et ses plafonds.

Les 15 heures de formation DDA s'appliquent-elles à un CGP ?

Oui, dès lors qu'il exerce comme intermédiaire d'assurance. L'article R. 512-13-1 du Code des assurances impose au moins quinze heures par an de formation continue aux intermédiaires et à leur personnel concerné, avec une liste des formations suivies présentable à tout moment. Cette obligation s'ajoute aux exigences propres au statut CIF, contrôlées par l'association agréée.

Pourquoi un CGP passerait-il par un grossiste plutôt que par des codes compagnie ?

Parce que son volume IARD par branche reste faible et irrégulier. Ouvrir un code chez chaque compagnie suppose souvent un minimum de production, une convention, un extranet et un bordereau par assureur. Un courtier grossiste mutualise ces accès : une convention, un extranet, plusieurs compagnies, et une équipe de souscription pour les risques que le CGP ne rencontre qu'occasionnellement.

Quels produits IARD un CGP place-t-il le plus souvent ?

La prévoyance et la santé des dirigeants TNS, la RC Pro et la protection juridique des clients chefs d'entreprise ou professions libérales, la multirisque immeuble et la PNO des SCI, la GLI des investisseurs locatifs, l'assurance emprunteur en délégation, puis l'habitation et l'auto des clients patrimoniaux. Tous naissent d'un bilan patrimonial déjà réalisé.

Un CGP peut-il ouvrir un code chez Tutassûr sans volume de départ ?

Oui. L'ouverture de code se fait en ligne sur parcours-odc.tutassur.fr en quatre étapes : candidature, vérification de l'ORIAS, du Kbis et de la RC Pro, signature de la convention de partenariat, puis accès à l'extranet. Aucun minimum de production n'est exigé pour démarrer et la convention ne contient pas d'exclusivité de cabinet.

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Tutassûr

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