Article rédigé en septembre 2025 à destination des cabinets de courtage qui placent régulièrement de la MRP TPE et veulent solidifier leur méthode de tarification. Les références juridiques renvoient au Code des assurances en vigueur à la date de publication. Le cas concret est anonymisé à partir d'une typologie réelle observée sur le marché du courtage de gros.

La MRP (Multirisque Professionnelle) est le contrat socle de l'assurance des locaux d'activité pour les TPE et indépendants. Elle couvre les murs, le mobilier, le matériel, les marchandises et engage la responsabilité civile de l'exploitant pendant ses activités professionnelles. Sur le papier, la promesse est simple. En pratique, deux dossiers identiques au formulaire peuvent sortir avec des primes du simple au triple selon l'activité, la zone et la qualité du paramétrage.

Cet article pose la définition d'une MRP, détaille les six facteurs de tarification, expose les pièges du devis, passe en revue cinq activités sensibles et décrit la méthode d'instruction côté Tutassur. L'objectif : donner au cabinet apporteur les bons réflexes pour transmettre un dossier propre dès la première saisie.

Définition et garanties de base d'une MRP

Une MRP est un contrat IARD packagé qui combine dans un même document plusieurs garanties habituellement vendues séparément. La logique date de la fin des années 1980 : plutôt que de souscrire un incendie, un dégât des eaux, un vol et une RC séparément, les assureurs ont regroupé l'ensemble pour simplifier la distribution sur le segment TPE.

Le socle d'une multirisque professionnelle se compose de sept blocs. Incendie et événements assimilés : feu, foudre, explosion, fumée, choc de véhicule. Dégâts des eaux : ruptures de canalisations, infiltrations. Vol et vandalisme : effraction du local. Bris de glaces : vitrines, enseignes, miroirs. Événements climatiques : tempête, grêle, poids de la neige. Catastrophes naturelles, encadrées par l'arrêté interministériel. Responsabilité civile exploitation : dommages causés aux tiers pendant l'activité.

L'article L. 121-1 du Code des assurances fixe le principe indemnitaire : l'assurance ne peut pas être source d'enrichissement. La valeur déclarée doit refléter le coût réel de remplacement. L'article L. 113-2 impose à l'assuré de déclarer les circonstances connues de nature à faire apprécier le risque. Ces deux articles structurent l'édifice MRP.

Plusieurs garanties optionnelles méritent d'être proposées systématiquement. La perte d'exploitation reconstitue la marge brute sur 12 à 24 mois selon les contrats. Les marchandises transportées couvrent les biens en circulation. La protection juridique professionnelle prend en charge les litiges. La RC produits livrés étend la couverture aux dommages causés après livraison. Les bris de machines protègent l'outillage d'une casse interne.

Les 6 facteurs de tarification

La prime annuelle d'une MRP TPE oscille en pratique entre 600 et 2 500 € selon les configurations. Six facteurs expliquent l'essentiel de cette variation.

Activité. Premier déterminant. Chaque code APE alimente une grille de coefficients propre à chaque porteur. Un bureau d'études tertiaire ressort à 1. Une restauration traditionnelle tourne entre 1,8 et 2,5. Une boulangerie pâtisserie monte à 2 voire 3 selon la présence d'un four à bois. Un garage mécanique se situe entre 1,5 et 2,2.

Surface. Le tarif est dégressif : plus le local est grand, plus le coût au mètre carré baisse. Un local de 50 m² coûte rarement moins de 600 € de prime annuelle. Au-delà de 300 m², les compagnies rechargent pour intégrer la complexité de défense incendie.

Valeur du contenu. Mobilier, matériel professionnel, agencement, informatique, archives. Sous-déclarer cette valeur expose à la règle proportionnelle prévue à l'article L. 121-5 du Code des assurances : en sinistre partiel, l'indemnité est réduite dans le rapport entre la valeur déclarée et la valeur réelle. C'est le piège numéro un des dossiers MRP.

Valeur des marchandises. Stock courant et stock maximum. Un commerce saisonnier qui multiplie son stock par trois en décembre doit le déclarer pour rester couvert. La sous-déclaration produit la même règle proportionnelle.

Antécédents. Sinistralité sur 36 à 60 mois. Au-delà de deux sinistres en cinq ans ou d'un sinistre supérieur à 30 000 €, la prime de référence est majorée de 15 à 40 %. Une résiliation à l'initiative de l'assureur sur 24 mois bascule le dossier en risque non-standard. Voir comment Tutassur étudie les risques complexes.

Zone. Le zonage pèse sur trois sous-axes : sinistralité catastrophes naturelles, fréquence des cambriolages, exposition incendie. Certains arrondissements de Paris, Marseille et Lyon supportent une majoration vol de 20 à 35 %. Les communes classées à risque inondation aggravé voient leur prime tempête et CatNat majorée.

Les pièges du devis MRP

Quatre erreurs reviennent dans la majorité des dossiers MRP re-tarifés après sinistre.

Premier piège, la sous-estimation de la valeur du contenu. Le client annonce 30 000 € de matériel parce qu'il n'a pas refait l'inventaire depuis trois ans. Le sinistre incendie révèle 65 000 € à reconstituer. La règle proportionnelle s'applique : indemnité réduite de moitié. Le bon réflexe : demander une attestation comptable d'immobilisations à jour.

Deuxième piège, l'oubli de l'enseigne. Une enseigne lumineuse coûte 2 000 à 15 000 € à remplacer. La plupart des contrats l'incluent en bris de glaces extérieures à condition qu'elle soit déclarée séparément. Non déclarée, elle est exclue.

Troisième piège, les bris de glaces extérieures. Vitrines, vérandas, sas vitrés. Plafond standard entre 5 000 et 15 000 €, parfois 30 000 € en option. Un commerce de centre-ville avec double vitrine de 4 mètres linéaires peut dépasser 12 000 € de remplacement. Calibrer le plafond à la baisse pour grappiller 40 € de prime est un faux gain.

Quatrième piège, les activités secondaires non déclarées. Un coiffeur qui vend des produits. Un restaurateur qui livre. Un garage qui revend des véhicules d'occasion. L'activité secondaire pèse sur la RC exploitation et la RC produits livrés — article L. 113-2 du Code des assurances. Non déclarée, elle sort du périmètre garanti. Sur la frontière entre habitation et professionnel, voir aussi les pièges PNO vs MRH loi Alur.

Activités sensibles

Cinq familles d'activités demandent une attention particulière. Toutes restent assurables, mais chacune a ses marqueurs propres qui font basculer le dossier d'un tarif standard à une majoration de 30 à 80 %.

Restauration

La restauration cumule trois risques majeurs : cuisson, friteuses, dégâts des eaux. Le risque incendie cuisine est le premier poste de sinistralité du segment : selon le CNPP, un sinistre cuisson sur deux trouve son origine dans une friteuse mal entretenue ou un système d'extraction mal nettoyé. Les compagnies exigent un certificat de ramonage annuel de la VMC cuisine, parfois un système d'extinction automatique au-dessus des bacs de friture supérieurs à 15 litres.

Les dégâts des eaux sont la seconde grande source de sinistres : lave-vaisselle, circuits eau chaude, machines à glaçons. La prime annuelle d'une restauration traditionnelle de 80 m² tourne entre 1 200 et 2 500 € selon zone et antécédents. La franchise typique se situe entre 300 et 500 €. Les restaurants de nuit subissent une majoration vol de 15 à 25 %.

Boulangerie / pâtisserie

Le four est le centre du risque. Incendie four électrique, gaz ou bois : la fréquence augmente après dix ans de service sans visite technique. Les pâtissiers ajoutent un risque dégât des eaux lié aux chambres froides. La sinistralité du segment boulangerie pâtisserie est l'une des plus élevées du marché TPE, avec un ratio sinistres-primes dépassant régulièrement 80 %.

Le coefficient d'activité tourne entre 2 et 3 sur la base d'un bureau à 1. La prime annuelle d'une boulangerie de centre-ville de 70 m² se situe entre 1 500 et 3 000 €. Les compagnies demandent l'attestation de contrôle annuel du four et la vérification décennale des extincteurs.

Garages / mécanique

Trois risques s'additionnent : incendie, pollution, RC produits. L'incendie atelier vient des stockages d'huiles, des batteries en charge, des opérations de soudure. La pollution accidentelle par fuite de carburant engage la responsabilité civile et pénale de l'exploitant. La RC produits livrés couvre les défauts de réparation qui causent un dommage ultérieur — un freinage mal repris, une opération moteur qui entraîne une casse.

La prime annuelle d'un garage indépendant de 200 m² avec pont élévateur et baie de peinture tourne entre 1 800 et 3 500 €. Les garages avec carrosserie peinture supportent une majoration incendie de 25 à 45 % en raison du stockage solvants. Une convention de récupération des déchets dangereux est devenue un prérequis chez la majorité des porteurs.

Salons de coiffure / esthétique

Deux marqueurs : la RC pro produits et les dommages clients. Les produits cosmétiques (colorations, lissages) peuvent provoquer des réactions allergiques ou des brûlures. Les soins esthétiques avec appareils (laser épilation, radiofréquence, microneedling) ajoutent un risque corporel direct. La frontière entre acte d'esthétique et acte para-médical s'est durcie avec plusieurs jurisprudences récentes.

La prime MRP socle d'un salon de coiffure de 60 m² oscille entre 700 et 1 300 € par an. L'ajout d'une RC pro produits étendue représente 150 à 400 € supplémentaires. Les instituts d'esthétique avec appareils énergétiques montent à 1 500-2 800 € de prime totale. Un laser non déclaré équivaut à un appareil non assuré.

Professions médicales

Les locaux médicaux cumulent MRP locaux, RC pro et matériel coûteux. Cabinets dentaires, kinésithérapeutes, ostéopathes, médecins libéraux. Le matériel y atteint des valeurs élevées : un fauteuil dentaire neuf vaut 25 000 à 60 000 €, une radiologie panoramique 30 000 à 80 000 €, un échographe portable 15 000 à 40 000 €. La sous-déclaration en valeur du matériel est le piège numéro un du segment.

Les locaux médicaux doivent respecter les normes d'accessibilité PMR et, pour les actes invasifs, le stockage de déchets DASRI. La RC pro se souscrit à part : la MRP couvre les locaux et la RC exploitation, pas la responsabilité médicale au sens strict. Un cabinet dentaire de 100 m² avec deux fauteuils ressort entre 1 500 et 2 800 € de prime MRP, hors RC pro médicale.

Comment Tutassur instruit une MRP

L'instruction côté Tutassur suit une méthode tracée. Première étape, la saisie sur l'extranet Tutassur. Le formulaire structure les informations en six blocs : identité juridique, description du local, valeurs déclarées, activités principale et secondaires, antécédents 60 mois, garanties souhaitées. La saisie prend 15 à 25 minutes pour un dossier complet.

Deuxième étape, la tarification multi-compagnies. L'extranet Tutassur interroge plusieurs porteurs en parallèle dans une logique multi-distribution. Sur un dossier MRP TPE standard, la réponse arrive en moins d'une heure. Sur un dossier avec activité sensible ou antécédents, le moteur bascule en étude manuelle et l'équipe souscription pro à Grenoble prend le relais.

Troisième étape, l'étude manuelle quand elle est déclenchée. L'équipe souscription échange avec le porteur, demande au cabinet apporteur les pièces manquantes (attestations contrôle four, certificats ramonage, photos local, factures matériel sensible) et oriente vers le porteur en appétit. Sylvain Cortez, inspecteur dédié au courtage, accompagne le cabinet apporteur sur les cas qui demandent une visite physique ou une présentation au comité de souscription d'une compagnie.

Quatrième étape, l'émission. Une fois l'accord obtenu, l'extranet Tutassur génère les conditions particulières, la note de couverture et le bordereau de commission. Le back-office Grenoble suit l'avis de paiement et les avenants. Le cabinet apporteur garde le devoir de conseil au sens de l'article L. 521-4 du Code des assurances.

Cas concret anonymisé. Une boulangerie marseillaise de 90 m² avec four à bois et boutique avec vitrine de 5 mètres, refusée par deux plateformes automatiques pour cause d'activité « four à bois hors-grille ». Reprise en étude manuelle. Pièces fournies : attestation ramonage annuel, photo du système d'aspiration, contrat de maintenance fournil. Trois porteurs sollicités, un en appétit. Prime annuelle aboutie à 2 350 € pour un contenu déclaré à 95 000 €, marchandises 25 000 €, PE 12 mois. Dossier émis sous huit jours ouvrés, contre un parcours initial à zéro devis sur plateforme STP. Pour rejoindre ce circuit, voir comment ouvrir un code courtier grossiste ou la page devenir partenaire. Références sur Légifrance et cadre prudentiel sur le site de l'ACPR.

Foire aux questions

Les questions ci-dessous reprennent les points les plus fréquemment soulevés par les cabinets qui placent régulièrement de la MRP TPE. Pour creuser la définition même du métier de courtier grossiste et son positionnement, l'article courtier grossiste : définition et rôle pose les bases. Sur la GLI, segment voisin pour la même clientèle de bailleurs commerciaux, voir aussi GLI : stratégie de placement courtier.

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Questions fréquentes

MRP ou multirisque entreprise : différence ?

Les deux appellations recouvrent une même logique de contrat IARD packagé, mais le périmètre n'est pas identique. La MRP — Multirisque Professionnelle — vise les TPE et les indépendants exploitant un local de moins de 500 m² environ, avec une activité simple et un seul site. La multirisque entreprise, parfois appelée MRE ou MRI selon les compagnies, couvre des structures plus larges : plusieurs sites, stockage industriel, processus de fabrication, effectif supérieur à dix salariés. La tarification d'une MRE passe presque toujours par une visite de risque préalable, alors que la MRP TPE se boucle sur questionnaire et photos. Pour un commerce de quartier ou une profession libérale, la MRP suffit dans 90 % des cas.

Faut-il déclarer un coffre-fort ?

Oui, et c'est même un point précis du questionnaire de souscription. La présence d'un coffre-fort modifie le plafond de garantie vol sur les espèces et valeurs : sans coffre agréé, la plupart des contrats plafonnent à 1 500 à 3 000 € la couverture numéraire en local. Avec un coffre certifié par une norme reconnue — typiquement EN 1143-1 classe 0 à 6 selon le porteur — le plafond peut monter à 15 000 voire 50 000 €. Omettre la mention coffre dans le questionnaire relève de la fausse déclaration au sens de l'article L. 113-8 du Code des assurances et fait courir un risque de nullité du contrat. Le bon réflexe : photo de la plaque constructeur, joindre le certificat, mention dans les conditions particulières.

La marchandise dans le véhicule est-elle couverte ?

Pas par la MRP locale. Le contrat multirisque professionnelle couvre les biens à l'intérieur des locaux assurés. Dès que la marchandise sort, elle relève soit de l'assurance auto du véhicule (qui exclut presque toujours la marchandise transportée hors équipement professionnel fixé), soit d'un contrat spécifique transport ou « marchandises transportées par compte propre ». Pour un commerçant qui livre, une boulangerie qui dépose chez des partenaires ou un garage qui transporte des pièces, la garantie marchandises transportées est à souscrire à part. Oublier ce point conduit à des sinistres non couverts en cas de vol ou d'accident pendant le trajet.

Que couvre la garantie PE (perte d'exploitation) ?

La garantie perte d'exploitation indemnise la baisse de marge brute consécutive à un sinistre garanti — incendie, dégât des eaux, bris, événements climatiques. Concrètement, elle reconstitue le chiffre d'affaires perdu pendant la période de reconstruction ou de remise en route, déduction faite des charges variables non engagées. La période d'indemnisation standard tourne entre 12 et 24 mois selon les contrats. Le calcul de la marge garantie se fait sur la base du dernier bilan, parfois sur une moyenne triennale pour lisser les variations. Sans PE, un commerce sinistré qui ferme six mois perd ses revenus sans aucune compensation : le local est réparé mais la trésorerie de l'exploitant ne suit pas.

MRP et activité en home office ?

Une activité exercée au domicile relève d'une logique mixte. Le local lui-même reste couvert par la MRH (multirisque habitation) du propriétaire ou du locataire, à condition que l'activité professionnelle soit déclarée à l'assureur habitation — beaucoup oublient cette étape et se retrouvent sans couverture en cas de sinistre. Les biens professionnels (matériel, stocks, archives) demandent en revanche un contrat MRP allégé ou une extension professionnelle de la MRH. La RC Pro reste de toute façon obligatoire à souscrire séparément. Pour les professions libérales, un produit dédié « pro à domicile » existe chez plusieurs porteurs avec une prime annuelle autour de 200 à 500 €, ce qui couvre matériel et RC sans dédoubler les contrats.

SM

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