Article rédigé en février 2026 à destination des restaurateurs indépendants, des gérants de bistrots, brasseries et tables traditionnelles qui souhaitent comprendre la mécanique de leur contrat MRP et anticiper les pièges courants. Les références juridiques renvoient au Code des assurances en vigueur à la date de publication.
Ouvrir un restaurant, une brasserie ou un point de restauration rapide en local fixe (kebab, burger, snack) suppose une cuisine équipée et une salle aménagée. Parfois une terrasse complète l'installation. Une équipe assure le service en continu. Tout cela représente un patrimoine professionnel exposé chaque jour.
Un feu de friteuse, un dégât des eaux nocturne, une chute de client. Trois sinistres banals. Chacun peut coûter cinquante mille euros et fermer l'établissement six mois.
L'assurance restaurant repose sur deux contrats complémentaires. La MRP — multirisque professionnelle — protège les biens et l'exploitation. La RC Pro engage la responsabilité de l'exploitant vis-à-vis des clients et des tiers.
Cet article détaille ce que ces contrats couvrent réellement. Il passe en revue les facteurs qui font varier la prime. Il pose enfin la frontière entre profils standards et dossiers complexes.
Quelles assurances pour la restauration : obligations légales et garanties recommandées
Aucune loi française n'impose une assurance globale au restaurateur. Mais plusieurs garanties sont obligatoires de fait. La RC Pro est couramment exigée par le bailleur dans le bail commercial. L'assurance des locaux est requise par l'article 1733 du Code civil pour tout locataire d'un local commercial.
Le décret 2008-1244 fixe les règles de sécurité applicables aux établissements recevant du public (ERP). Un restaurant de 5e catégorie accueille moins de 200 personnes. Il doit présenter une attestation d'assurance lors du contrôle de la commission de sécurité.
La norme NF S 62-201 encadre la sécurité incendie des cuisines professionnelles avec friteuse à huile. Sans conformité, l'assureur peut invoquer l'article L. 113-9 et réduire l'indemnité.
Au-delà des obligations, six garanties méritent d'être systématiquement incluses. Dommages aux biens couvrant murs, mobilier et matériel professionnel. Marchandises et stock incluant alcools, denrées sèches et surgelés.
La perte d'exploitation court sur 12 à 24 mois. Les bris de glaces extérieurs réclament un plafond relevé. Les dommages électriques visent la cellule froide. La RC exploitation doit inclure explicitement la terrasse.
Le contrat type couvre rarement tout cela d'office. Le restaurateur doit lire les conditions particulières ligne par ligne. À défaut, un courtier sait quelles options activer selon le profil.
Les 5 risques principaux du métier
La restauration cumule des dangers que peu d'autres activités combinent. Cinq risques structurent la sinistralité du secteur.
Incendie de cuisine. Un sinistre à la fois fréquent et grave. La friteuse chauffe à 180 degrés. Le feu vif de la plonge brûle. Les graisses s'accumulent dans la hotte. Un seul point d'ignition suffit pour propager les flammes. Une cuisine en feu détruit le matériel professionnel. Les fumées contaminent la salle et le mobilier. L'arrêt d'exploitation dure trois à neuf mois selon l'ampleur.
Dégâts des eaux. Un risque fréquent dans la restauration. Les causes les plus courantes : fuite nocturne sur arrivée d'eau, infiltration par toiture-terrasse, canalisation gelée en hiver.
Les surgelés subissent les dégâts les plus lourds. Le matériel électrique et le mobilier bois suivent en seconde ligne. La déclaration doit intervenir sous cinq jours ouvrés.
RC clientèle. Une glissade sur sol mouillé, une intoxication alimentaire, une brûlure par boisson chaude. Le restaurateur engage sa responsabilité civile professionnelle au titre de l'article 1242 du Code civil. Sans RC Pro à hauteur de 1 million d'euros minimum, le patrimoine personnel est exposé.
Vol et stock. Effraction nocturne, vol à l'arraché en caisse, disparition de bouteilles dans la cave. Les restaurants stockent souvent pour 10 000 à 30 000 € d'alcools spiritueux. La garantie vol exige un coffre déclaré et des serrures conformes pour atteindre le plafond contractuel.
Perte d'exploitation après sinistre. Aucun de ces quatre risques n'a de sens sans PE associée. Reconstruire ne sert à rien sans trésorerie. Le restaurateur doit payer ses charges fixes pendant les travaux.
Garanties à intégrer absolument dans le contrat
Quatre extensions sont non négociables pour un restaurant correctement assuré.
La perte d'exploitation (PE) reconstitue la marge brute après sinistre. La période d'indemnisation va de 12 à 24 mois selon les contrats. Le calcul s'appuie sur le dernier bilan, parfois sur une moyenne triennale.
Pour un restaurant à 600 000 € de CA et 35 % de marge brute, la PE couvre 210 000 € de perte annualisée. Sans elle, la trésorerie cède.
Les bris de glaces extérieurs visent les vitrines, enseignes lumineuses, vitres de terrasse et miroirs intérieurs. Le plafond standard tourne entre 3 000 et 10 000 €. Pour un restaurant en pied d'immeuble avec grande baie vitrée, le plafond doit être relevé à 15 000 € minimum.
Les dommages électriques couvrent la casse interne. Cellule froide, fours à induction, lave-vaisselle professionnels, systèmes d'encaissement : tout est inclus. Cette garantie exclut l'usure normale mais indemnise les surtensions, courts-circuits et défauts de composants.
Sans elle, une panne sèche du frigo positif fait perdre tout le stock. Viande et poisson disparaissent en quelques heures.
Le contenu marchandises doit être déclaré au plus juste. Sous-déclarer expose à la règle proportionnelle de l'article L. 121-5 du Code des assurances. Exemple. Si la valeur déclarée représente 60 % de la valeur réelle, l'indemnité est réduite de 40 %.
L'article L. 121-1 fixe par ailleurs le principe indemnitaire : l'assurance ne peut pas enrichir le restaurateur. Sur-déclarer ne sert à rien, l'assureur indemnise au coût réel de remplacement.
Tarification : les 6 facteurs qui jouent
La prime annuelle d'une MRP restaurant oscille entre 1 500 et 3 500 € selon les configurations. Six facteurs expliquent l'essentiel des écarts entre devis. Les montants cités dans cette section sont des ordres de grandeur indicatifs, qui varient d'un assureur à l'autre.
Chiffre d'affaires déclaré : premier déterminant pour tous les porteurs. Le coefficient applicable monte avec le CA. Un restaurant à 300 000 € de CA paie environ 1 500 €.
À 800 000 € de CA, la prime grimpe vers 3 000 €. Au-delà du million, on bascule en multirisque entreprise.
Surface du local. Le tarif est dégressif au mètre carré, mais le total monte avec la taille. Un local de 80 m² (salle + cuisine) ressort autour de 1 800 €. À 200 m², la prime atteint 2 800 €.
Contenu déclaré. Matériel de cuisine, mobilier de salle et stock cumulés représentent 80 000 à 150 000 € pour un restaurant moyen. Chaque tranche de 10 000 € supplémentaire ajoute 60 à 90 € de prime.
Activités secondaires : traiteur, vente à emporter, food truck satellite, soirées privatisées. Chaque activité change le profil de risque pour la compagnie. Une déclaration honnête est obligatoire au sens de l'article L. 113-2. Un food truck satellite se couvre par une MRP mobile distincte ou par un contrat multi-sites avec ventilation des risques : le guide assurance food truck détaille ce montage, le gaz embarqué et l'extension événementiel.
Antécédents sinistres. Un restaurateur sans sinistre depuis cinq ans peut obtenir une bonification. Un sinistre incendie majeur dans les trois ans entraîne en général une majoration nette de la prime.
Zone géographique. Les centres-villes denses (Paris, Lyon, Marseille) appliquent un coefficient de zone urbaine. Les zones rurales bénéficient parfois d'une bonification mais subissent des restrictions sur l'intervention pompiers.
Profils standards vs profils atypiques
La frontière entre profil souscriptible en ligne et dossier sur-mesure structure la pratique des courtiers. Elle n'est pas négociable. Elle est imposée par les compagnies.
Le profil standard correspond à un restaurant classique sans terrasse. La friteuse reste normale, sous 30 litres d'huile. Le local accueille moins de 80 couverts avec une brigade sous dix personnes. Aucune activité secondaire significative ne complique le risque.
Ce profil passe en souscription algorithmique chez la plupart des porteurs.
Le profil complexe regroupe les dossiers que les algorithmes refusent ou tarifient à un niveau dissuasif. Terrasse extérieure étendue avec mobilier dédié. Cuisine au gaz à fort volume, plus de deux pianos à six feux. Food truck exploité en activité satellite.
Restaurant étoilé avec brigade de plus de dix personnes. Cave de garde supérieure à 50 000 € en valeur de stock. Établissement classé ERP de 4e ou 3e catégorie.
Chez Tutassûr, les profils standards passent par le parcours de devis en ligne ; les dossiers atypiques sont transmis à l'équipe de souscription, qui les étudie au cas par cas.
Souscription en ligne pour profils standards
Pour un restaurant au profil standard, la demande de devis se fait en ligne, sur le parcours de devis Tutassûr dédié à la multirisque professionnelle (bouton ci-dessous), ou par un courtier partenaire via l'extranet Tutassûr. Les informations demandées portent en général sur cinq points. Identité du restaurateur et statuts de la société. Caractéristiques du local et surface utile.
Équipements cuisine, avec photos. Antécédents sinistres sur cinq ans. Garanties souhaitées et plafonds.
Une fois le contrat souscrit, le restaurateur transmet l'attestation d'assurance au bailleur et la tient prête pour le contrôle de la commission de sécurité ERP.
Un chiffre d'affaires élevé, une grande surface ou un sinistre incendie ou dégât des eaux significatif et récent orientent en général le dossier vers une étude au cas par cas.
Votre restaurant mérite la bonne couverture
Tutassur conçoit MRP, RC Pro, perte d'exploitation et vous met en relation avec un courtier partenaire immatriculé ORIAS ou notre agence directe à Grenoble.
Tutassur conçoit les produits et oriente vers un réseau de courtiers partenaires immatriculés ORIAS pour la souscription.
Le tarif dépend des six facteurs décrits plus haut et des garanties retenues.
Avant de valider, comparez l'effet de chaque option sur la prime : PE, bris de glaces et RC élargie.
Étude sur-mesure pour profils complexes
Pour les dossiers atypiques, le parcours change. Le dossier est transmis à l'équipe de souscription de Tutassûr, qui l'étudie au cas par cas à partir d'un dossier complet.
Un dossier complet comprend en général huit pièces. Statuts de la société et bail commercial signé. Plan du local avec implantation cuisine. Photos intérieures, salle et terrasse.
Liste détaillée du matériel professionnel chiffré. Bilan des trois derniers exercices comptables. Historique des sinistres sur cinq ans. Diagnostic incendie si disponible auprès du SDIS.
Erreurs fréquentes à éviter dans le devis
Cinq erreurs reviennent dans les dossiers mal préparés.
Sous-déclarer la surface cuisine. Beaucoup de restaurateurs déclarent la salle uniquement, oubliant que la cuisine compte pour le calcul du risque incendie. La règle proportionnelle s'applique en cas de sinistre, avec une indemnité réduite en proportion de la prime payée par rapport à la prime qui aurait été due (article L. 113-9 du Code des assurances).
Omettre la terrasse. Sans déclaration, le mobilier extérieur n'est pas couvert. La RC clientèle ne s'applique pas en terrasse. Une chute devient alors un litige civil personnel.
Sous-évaluer la valeur du matériel cuisine. Un piano de cuisson, deux fours, une chambre froide et un lave-vaisselle pro cumulent 60 000 à 90 000 € en remplacement. Beaucoup de devis partent sur 30 000 € par défaut. L'écart est sévère en cas de sinistre total.
Refuser la PE pour économiser 300 € de prime annuelle. Calcul à courte vue. Six mois de fermeture après incendie représentent 100 000 à 200 000 € de marge brute perdue, sans aucune compensation possible.
Ne pas mettre à jour le contrat après travaux. Nouvelle hotte, cuisine refaite, terrasse étendue. Chaque changement matériel doit être déclaré sous 15 jours par lettre recommandée. À défaut, l'aggravation non déclarée engage la responsabilité de l'exploitant.
Pour anticiper ces points, consulter le guide MRP TPE. Il détaille les six facteurs de tarification communs à toutes les activités pros. L'article comment Tutassur étudie un risque complexe expose la méthode d'instruction sur dossiers atypiques. Le guide décennale bâtiment par métiers cadre les artisans intervenant dans les locaux.
Pour les obligations légales, Légifrance référence l'intégralité du Code des assurances et du décret ERP. L'UMIH publie aussi des fiches pratiques sur la sécurité des établissements de restauration.
Foire aux questions
Les huit questions ci-dessus répondent aux interrogations fréquentes des restaurateurs lors de la souscription. Huit thèmes sont couverts : MRP versus MRE, perte d'exploitation, terrasse extérieure, vol nocturne, franchise, traiteur, soirées privatisées et décennale du restaurateur.
Questions fréquentes
MRP ou multirisque entreprise pour restaurant : quelle différence ?
La MRP — multirisque professionnelle — vise les restaurants de moins de 500 m² environ, exploités sur un seul site, avec une activité simple. La multirisque entreprise, parfois appelée MRE, couvre des structures plus larges : plusieurs établissements, brigade étendue, traiteur événementiel, restaurants gastronomiques avec cave de garde. La tarification d'une MRE passe par une visite de risque physique. La MRP restaurant se boucle sur questionnaire, photos cuisine et plan du local. Pour un restaurant indépendant exploité sur un seul site, la MRP suffit en général. Les enseignes multi-sites basculent en MRE consolidée.
La perte d'exploitation est-elle automatique dans un contrat MRP restaurant ?
Non, la perte d'exploitation est presque toujours une option à activer. Le socle MRP couvre les murs, le matériel et la marchandise, mais pas la perte de marge brute pendant la fermeture. Concrètement, un incendie qui ferme le restaurant six mois indemnise les travaux et les équipements, sans compenser le chiffre d'affaires perdu. La PE reconstitue cette marge sur 12 à 24 mois selon les contrats. Pour un restaurant à 500 000 € de CA annuel, c'est la différence entre un redémarrage possible et un dépôt de bilan. Cette garantie doit figurer en première ligne du devis.
La terrasse extérieure est-elle couverte par défaut ?
Pas systématiquement. La terrasse extérieure introduit deux problèmes distincts. Premièrement, le mobilier (tables, chaises, parasols, chauffages) doit être déclaré dans le contenu pour être indemnisé en cas de vol ou de tempête. Deuxièmement, la responsabilité civile vis-à-vis des clients en terrasse — chute, brûlure par parasol chauffant, blessure par chaise renversée — exige une RC exploitation explicite incluant les espaces extérieurs. Certains contrats standard limitent ou excluent la terrasse selon sa surface. La déclaration de la surface exacte et de la nature du sol est obligatoire au sens de l'article L. 113-2 du Code des assurances.
Vol par effraction de nuit : quel délai de déclaration à l'assureur ?
Le délai légal est de deux jours ouvrés à compter de la connaissance du sinistre, fixé par l'article L. 113-2 alinéa 4 du Code des assurances. Pour un vol, le restaurateur doit également déposer plainte au commissariat dans les 24 heures, sous peine de voir l'indemnisation refusée pour manquement à la preuve. Le bon réflexe : photographier les traces d'effraction avant tout nettoyage, conserver les emballages des biens dérobés et lister précisément le stock volé (alcools, équipements, caisse). Sans plainte ni inventaire, la compagnie peut contester le montant réclamé, voire opposer la déchéance prévue au contrat.
Restaurant en franchise : assurance individuelle ou collective ?
Les deux logiques coexistent selon les réseaux. Certaines enseignes imposent un contrat groupe négocié par le franchiseur, avec une prime mutualisée et des garanties calibrées sur le concept. D'autres laissent le franchisé libre, à condition de respecter un cahier des charges minimum (RC Pro, PE, dommages aux biens). Le restaurateur a intérêt à comparer. Un contrat individuel bien négocié sort souvent moins cher qu'un contrat groupe, surtout si le local a moins de cinq ans. La RC du franchiseur ne couvre jamais l'exploitation du franchisé : c'est une distinction juridique posée par la chambre commerciale de la Cour de cassation.
Activité de traiteur en parallèle : faut-il un nouveau devis ?
Oui, et la modification doit être déclarée par lettre recommandée à l'assureur dans les 15 jours, selon l'article L. 113-2 alinéa 3. Le traiteur introduit trois risques nouveaux : transport de marchandises (rupture de chaîne du froid), prestations hors les murs (RC dans les lieux d'événement) et matériel mobile (fours portables, frigos transportables). Le contrat MRP socle ne couvre rien de tout cela. Un avenant traiteur ou un contrat spécifique « activités événementielles » est indispensable. La prime annuelle complémentaire tourne entre 400 et 1 200 € selon le volume de prestations extérieures.
Faut-il une assurance spécifique pour les soirées privatisées ?
Si la privatisation reste dans les locaux assurés et l'activité déclarée (service de repas), la MRP couvre. Dès que la soirée introduit un service de bar étendu, un DJ, un dancefloor ou une jauge supérieure à la capacité ERP déclarée, le risque change. La compagnie peut refuser l'indemnisation au titre de l'aggravation non déclarée. Le bon réflexe : signaler à l'assureur le volume annuel de privatisations et faire ajouter une extension « événementiel ponctuel ». Le coût est marginal (50 à 150 € par an) mais sécurise juridiquement chaque soirée.
Que couvre la responsabilité civile décennale du restaurateur ?
La décennale ne concerne pas le restaurateur en tant qu'exploitant. Elle vise les artisans qui ont construit ou rénové le local — plombier, électricien, maçon, cuisiniste agencement. Le restaurateur, lui, doit exiger les attestations décennales de tous les intervenants avant ouverture, sous peine de devoir supporter financièrement les malfaçons qui apparaîtraient dans les dix ans. La RC du restaurateur, elle, couvre les dommages causés aux clients pendant l'exploitation : intoxication alimentaire, glissade en salle, brûlure. Les deux garanties sont distinctes et complémentaires.