Article rédigé en octobre 2025 pour les cabinets de courtage qui placent des dossiers transport marchandises. Les références juridiques renvoient au Code de commerce, à la convention CMR et aux Incoterms 2020 en vigueur à la date de publication. Le cas concret est anonymisé à partir d'une typologie réelle observée sur le marché du courtage de gros.

L'assurance transport marchandises couvre les biens en circulation, du quai départ au quai arrivée, quel que soit le mode — route, mer, air, fer, fluvial. Trois familles de contrats coexistent : la police facultés côté chargeur, la police corps côté transporteur et la RC transporteur. Les confusions tournent sur le rôle des Incoterms, la limite de responsabilité du voiturier et le traitement des marchandises sensibles.

Cet article décrit les trois types d'assurance transport, le rôle des Incoterms 2020, les cinq facteurs de tarification, les marchandises sensibles et la méthode de placement Tutassur.

Les 3 types d'assurance transport

Trois contrats couvrent le risque transport, avec des assurés différents et des logiques disjointes.

Police facultés (assurance MT)

La police facultés, ou assurance MT (Marchandises Transportées), est souscrite par le propriétaire de la marchandise — chargeur, vendeur ou acheteur selon l'Incoterm. Elle couvre la marchandise elle-même contre les dommages, pertes et avariés subis entre l'origine et la destination. C'est le contrat ad valorem : l'indemnité est calculée sur la valeur déclarée, sans plafond au kilo.

Deux formules existent. La police au voyage couvre une expédition isolée — usage ponctuel, dossier spot. La police abonnement (ou police d'abonnement, ou police flottante) couvre tous les flux annuels d'un chargeur, avec déclaration périodique des volumes réels et régularisation de prime en fin d'exercice. L'abonnement est la norme pour un industriel qui expédie régulièrement.

Cas d'usage. Une PME alimentaire grenobloise expédiant 800 palettes par an vers l'Espagne souscrit une MT abonnement annuel, déclaration trimestrielle, garanties tous risques type B des Institute Cargo Clauses, surprime vol destinations Sud, franchise 350 € par sinistre.

Police corps

La police corps assure le moyen de transport lui-même — camion, navire, aéronef, wagon — contre les dommages au véhicule. Elle est souscrite par le propriétaire du moyen, donc par le transporteur, et ne concerne pas la marchandise. C'est l'équivalent du contrat dommages auto, mais transposé au transport professionnel.

Pour un transporteur routier, la police corps couvre la flotte de camions et remorques. Pour un armateur, elle couvre la coque et les machines. Ce contrat sort du périmètre du chargeur : il l'intéresse uniquement parce que le transporteur correctement assuré sur son corps réduit le risque global de la chaîne.

Cas d'usage. Un transporteur régional avec 12 tracteurs et 18 remorques place sa police corps en parallèle de sa flotte auto.

RC transporteur

La RC transporteur couvre la responsabilité du voiturier vis-à-vis du chargeur en cas de perte, avarie ou retard. Elle est souscrite par le transporteur et indemnise dans la limite des plafonds légaux — 8,33 DTS par kilogramme en CMR international, plafond contrat-type en intérieur. Elle ne couvre jamais le delta entre la valeur réelle de la marchandise et le plafond légal : ce delta relève de la MT facultés.

La RC transporteur est obligatoire pour tout transporteur public agréé en France — inscription au registre des transporteurs et capacité financière exigées. Le plafond standard d'une RC transporteur monte entre 1 et 5 millions d'euros par sinistre selon la taille de la flotte.

Cas d'usage. Un transporteur sous-traitant qui livre des palettes industrielles place sa RC transporteur à 2 M€ par sinistre, avec extension faute lourde et vol par préposé.

Le rôle des Incoterms

Les Incoterms 2020 — International Commercial Terms — sont la grille officielle de la Chambre de Commerce Internationale qui fixe, dans un contrat de vente international, qui supporte le risque, qui paye le transport et qui prend en charge l'assurance. Onze Incoterms coexistent. Cinq reviennent dans 80 % des dossiers transport.

EXW (Ex Works). Le vendeur met la marchandise à disposition dans ses locaux. Le risque bascule sur l'acheteur dès la mise à disposition. L'acheteur souscrit la MT.

FCA (Free Carrier). Le vendeur livre au transporteur désigné par l'acheteur. Le risque bascule à la remise au transporteur. L'acheteur souscrit la MT à partir de ce point.

CIP (Carriage and Insurance Paid To). Le vendeur paye le transport et l'assurance jusqu'à destination. Le risque bascule pourtant à la remise au premier transporteur. Le vendeur souscrit la MT au profit de l'acheteur — couverture minimum classe A des Institute Cargo Clauses depuis Incoterms 2020.

DAP (Delivered At Place). Le vendeur supporte le risque jusqu'au lieu de livraison convenu et souscrit la MT.

DDP (Delivered Duty Paid). Le vendeur supporte tout, y compris les droits de douane à destination.

L'Incoterm ne se choisit pas par habitude : il découle de la négociation commerciale et fixe automatiquement qui doit souscrire l'assurance facultés. Erreur classique : souscrire une MT côté vendeur sur un EXW — le vendeur paye une couverture qui ne lui sert à rien puisque le risque a déjà basculé.

Tarification : valeur, fréquence, mode, zone, type de marchandise

La prime d'une police MT abonnement tourne en pratique entre 0,15 et 0,80 % de la valeur déclarée annuelle, hors surprimes sensibles. Cinq facteurs expliquent l'essentiel de la variation.

Valeur des marchandises. Premier facteur. Une assiette annuelle de 500 000 € de marchandises expédiées ne génère pas la même prime qu'une assiette de 50 millions. Les coefficients sont dégressifs : plus l'assiette monte, plus le taux moyen baisse, jusqu'à descendre sous 0,10 % sur les très gros comptes industriels.

Fréquence et nombre d'expéditions. Une expédition mensuelle d'une palette ne pèse pas comme un flux quotidien de 30 palettes. Les compagnies tarifient au nombre d'expéditions annuelles, avec un seuil à 200 expéditions au-dessus duquel l'abonnement devient quasi obligatoire.

Mode de transport. Routier de courte distance : taux de base. Routier longue distance international : majoration 15 à 30 %. Maritime conteneurisé : taux proche du routier. Maritime conventionnel hors conteneur : majoration 40 à 80 %. Aérien : taux inférieur au routier sur le risque pur grâce à la faible durée d'exposition, mais valeurs unitaires souvent élevées. Fluvial et ferroviaire : tarification spécifique sur barèmes propres.

Zone géographique. L'Europe de l'Ouest reste la zone de référence. Maghreb, Europe de l'Est et Balkans portent une surprime vol et hijacking de 25 à 60 %. Afrique subsaharienne, Moyen-Orient et certaines zones d'Amérique du Sud relèvent du « war and strikes » avec extension de garantie spécifique. Les zones rouges de guerre déclarée sortent du périmètre standard et basculent en marché de Londres.

Type de marchandise. Un produit générique non périssable porte le taux de base. Une marchandise sensible — alcools, électronique, médical, périssable — supporte une surprime ×2 à ×5 selon la catégorie et les antécédents de sinistralité.

Marchandises sensibles

Quatre familles de marchandises concentrent la majorité des sinistres et imposent un traitement de souscription spécifique.

Alcools et spiritueux

Les spiritueux supportent une triple exposition : vol ciblé, casse logistique, fraude documentaire en douane. La surprime moyenne tourne entre ×2 et ×3,5 sur le taux de base. Les compagnies imposent un cahier des charges palettisation — film étirable opaque, palette double, scellés numérotés. Les arrêts de nuit sur aires non gardiennées sont quasiment toujours exclus. Le seuil de déclaration sinistre passe sous les 1 000 € — toute disparition d'un carton est suivie.

Électronique grand public

Smartphones, tablettes, processeurs et cartes graphiques sont les cibles vol numéro un en Europe. La surprime monte à ×3 à ×5 selon la valeur au kilo. Les conditions imposent un suivi GPS du véhicule, un convoi à deux chauffeurs au-delà de 500 000 € de valeur transportée et des arrêts uniquement sur sites sécurisés référencés TAPA niveau A. Un sinistre vol d'un semi complet d'électronique se chiffre vite à plus de 1,5 M€ — d'où l'attention de souscription extrême sur ce segment.

Médical et pharmaceutique

Le médical combine valeur unitaire élevée et chaîne du froid pour les biologiques. Vaccins, anticorps monoclonaux et thérapies géniques exigent une température dirigée +2/+8 °C ou ‑80 °C selon les molécules, avec traçabilité continue par data logger. Toute rupture de chaîne du froid détruit la valeur. La surprime est de ×2,5 à ×4. Les conditions imposent un véhicule frigorifique certifié, un double système de refroidissement et un suivi température connecté.

Denrées périssables

Produits frais, viandes, poissons, fromages, fruits et légumes. Températures dirigées de 0 à +4 °C pour le frais classique, ‑18 à ‑25 °C pour le surgelé. Le risque dominant n'est pas le vol mais la rupture de chaîne du froid liée à une panne de groupe frigorifique ou à un retard de livraison. Surprime modérée — ×1,5 à ×2,5 — mais franchise sinistre de 500 à 2 000 € pour responsabiliser l'exploitant. Cas concret : une PME alimentaire grenobloise exportant fromages affinés vers l'Espagne déclare deux sinistres rupture froid en 18 mois, prime renégociée à 0,55 % du CA expédié avec audit annuel des installations frigo des sous-traitants.

Comment Tutassur place les dossiers transport

Tutassur instruit les dossiers transport marchandises depuis son back-office de Grenoble, avec une logique multi-distribution qui mobilise trois à cinq porteurs selon le profil.

Première étape, l'inspecteur courtage dédié — Sylvain Cortez — récupère le dossier transmis par le cabinet apporteur via l'extranet Tutassur : lettre de mission, KBIS, liste des Incoterms pratiqués, ventilation des flux par zone et par mode, sinistralité 36 mois. Sur un dossier transport, le delta entre un dossier propre et un dossier incomplet pèse facilement 30 % sur la prime finale.

Deuxième étape, l'équipe souscription pro qualifie l'activité. Une étude sur-mesure des risques complexes est déclenchée dès qu'apparaît une marchandise sensible, une zone hors UE ou un Incoterm non standard. Voir comment Tutassur étudie les risques complexes.

Troisième étape, la mise en concurrence sur l'extranet Tutassur. Le cabinet visualise les positionnements porteurs et télécharge les conditions particulières. Pour un dossier sensible, le placement passe parfois par un Lloyd's broker partenaire sur le marché de Londres. Trois piliers Tutassur sont mobilisés : étude sur-mesure des risques complexes (marchandises sensibles), inspecteur courtage dédié (Sylvain Cortez) et back-office Grenoble (formation mensuelle tracée sur les évolutions CMR et Incoterms).

Voir aussi la protection juridique professionnelle, les conditions pour devenir partenaire et le guide MRP TPE. Textes de référence : Légifrance (Code de commerce), ICC (Incoterms 2020), CEE-ONU (CMR).

Foire aux questions

Les questions techniques reviennent autour de la responsabilité du transporteur, du périmètre CMR, du traitement e-commerce et de la procédure sinistre. Réponses détaillées dans la FAQ.

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Questions fréquentes

Faut-il une assurance transport si on utilise un transporteur agréé ?

Oui, et c'est le contresens classique du chargeur. La responsabilité du voiturier est encadrée par l'article L. 133-1 du Code de commerce pour le transport intérieur et par la convention CMR du 19 mai 1956 pour le transport international par route. Les deux régimes plafonnent l'indemnité due par le transporteur — 8,33 DTS par kilogramme brut manquant ou avarié en CMR, soit environ 10 € le kilo, et un plafond légal en transport intérieur fixé par contrat-type. Une palette d'électronique à 30 000 € pesant 200 kg ne sera indemnisée par le transporteur qu'à hauteur de 2 000 € côté CMR. Le delta de 28 000 € reste à la charge du chargeur. La MT marchandises transportées en compte propre comble exactement ce delta, ad valorem, sans plafond au kilo.

Que couvre la convention CMR ?

La CMR — Convention relative au contrat de transport international de marchandises par route — signée à Genève le 19 mai 1956 sous l'égide de la CEE-ONU régit la responsabilité du transporteur routier international entre États signataires. Elle couvre la perte totale, la perte partielle, l'avarie et le retard de livraison entre la prise en charge et la livraison. Le plafond d'indemnité est de 8,33 DTS par kilogramme de poids brut manquant — environ 10 € le kilo au cours actuel. Le transporteur s'exonère en cas de force majeure, faute du chargeur, vice propre de la marchandise ou défaut d'emballage. Le délai de réclamation pour avaries apparentes est immédiat à la livraison, sept jours pour avaries non apparentes. La CMR ne remplace pas une assurance facultés : elle limite la responsabilité du voiturier.

Assurance transport et e-commerce ?

Le e-commerce génère un flux marchandises particulier : envois fragmentés, transporteurs multiples, retours fréquents, valeur unitaire faible mais volume élevé. Une police MT classique au voyage ne tient pas le rythme. Le bon montage est une police abonnement annuelle calculée sur le chiffre d'affaires expédié, avec déclaration mensuelle ou trimestrielle des flux réels. Les surprimes vol sont systématiques sur les segments électronique, cosmétique et mode haut de gamme. Les exclusions classiques visent les retours non emballés d'origine, les remises en main propre sans signature et les envois vers les zones réputées sensibles. Pour un e-commerçant qui dépasse le million de chiffre d'affaires expédié, la prime annuelle MT tourne entre 0,25 et 0,60 % du CA selon la sinistralité.

Comment déclarer un sinistre transport ?

La chaîne de déclaration suit trois temps. Premier temps, à la livraison : émettre des réserves précises, datées, signées sur la lettre de voiture CMR ou le bon de livraison — pas de mention vague type « sous réserve de déballage ». Deuxième temps, dans les sept jours pour les avaries non apparentes, envoyer une lettre recommandée au transporteur confirmant les réserves. Troisième temps, ouvrir le sinistre auprès de l'assureur facultés sous quinze jours avec lettre de voiture, factures, photos de la marchandise endommagée, photos de l'emballage et expertise contradictoire si la valeur dépasse 5 000 €. L'extranet Tutassur trace la déclaration et déclenche l'expertise. Un retard de déclaration au-delà de cinq jours expose à un refus partiel d'indemnisation.

SM

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