S'immatriculer à l'ORIAS, c'est franchir une ligne administrative. Construire un cabinet de courtage qui tient debout au bout de 12 mois, c'est un autre métier. La différence se joue dans les 90 premiers jours. C'est sur cette fenêtre courte que se posent les automatismes, les outils et les habitudes qui décideront si le nouvel intermédiaire passe la barre des deux ans ou rejoint les statistiques.
Ce mode d'emploi liste, semaine par semaine, ce qu'un courtier débutant doit avoir bouclé avant le 90e jour. Les délais sont serrés. Le but n'est pas la perfection, mais la pose de fondations stables.
J0-J30 : poser les fondations
Le premier mois ne génère pas de chiffre. Il génère de la structure. Tout ce qui n'est pas posé sur cette période revient ensuite trois fois plus cher à mettre en place, parce que les premiers clients sont déjà entrés et que le cabinet en démarrage tourne déjà.
Checklist J0-J30 :
- Immatriculation ORIAS finalisée. Le délai est de 15 à 20 jours après dépôt d'un dossier complet sur orias.fr. Vérifier la catégorie : courtier (COA), mandataire d'intermédiaire (MIA) ou mandataire d'assurance (MA). Pour un courtier, c'est COA, point.
- Capacité professionnelle justifiée. Niveau I, II ou III selon l'article R. 512-9 du Code des assurances. Niveau I (cadre/dirigeant) exige soit un diplôme bac+2 minimum dans le domaine + stage 150h, soit 2 ans d'expérience cadre, soit la formation 150h validée. À régler avant immatriculation : sans capacité, pas d'inscription.
- RC Professionnelle souscrite. Plafond minimum réglementaire : 1,25 M€ par sinistre et 1,85 M€ par année d'assurance (arrêté du 3 novembre 2007 actualisé). Coût annuel pour un courtier débutant : 400 à 900 €/an selon les garanties.
- Garantie financière. Obligatoire dès lors qu'il y a encaissement de primes pour le compte des clients. Montant minimum 115 000 € (arrêté du 18 juillet 2019). Souscrite auprès d'une compagnie ou d'un établissement de crédit. Coût annuel : 200 à 500 €.
- Structure juridique créée. SASU dans 70 % des cas chez les nouveaux courtiers. Voir entreprises.gouv.fr pour la procédure. Compter 250 à 400 € de frais (greffe, annonce légale, expert-comptable).
- Compte bancaire pro séparé. Obligatoire pour encaisser les primes. Un compte courant pro + un compte séparé pour les fonds clients si garantie financière non bloquante.
- Premiers codes courtiers ouverts. Trois à cinq codes maximum (voir FAQ). Privilégier ceux où le contact humain est rapide.
Cas concret. Karim, 41 ans, ex-cadre commercial chez une banque mutualiste à Lyon, s'est immatriculé en mars 2024 après une rupture conventionnelle. Il a passé la formation 150h en janvier-février, déposé son dossier ORIAS le 5 mars, reçu son numéro le 22 mars. La SASU était créée le 8 mars, la RC Pro souscrite le 25 mars, la garantie financière activée le 28 mars. Sa toute première signature client est tombée le 17 avril, soit 26 jours après le numéro ORIAS. Tenir ce rythme suppose de préparer les démarches en parallèle, jamais en séquence.
Côté formation, ne pas oublier le compteur DDA : 15 heures de formation continue minimum par an pour tout intermédiaire en assurance (article L. 511-2 du Code des assurances, voir legifrance.gouv.fr). Le compteur démarre dès la première année civile complète. Mieux vaut s'inscrire dès le premier mois à une plateforme qui trace les heures, plutôt que de courir en décembre.
J30-J60 : structurer l'exploitation
Le deuxième mois transforme le statut administratif en machine commerciale. C'est là que se choisissent les outils, que se rédigent les documents et que se rodent les rendez-vous. Un professionnel néo-immatriculé qui rate cette phase passe le reste de l'année à faire du rattrapage.
Choix du CRM. La règle simple : aucun outil métier coûteux avant 50 contrats en portefeuille. Sellsy autour de 40 €/mois, Pipedrive autour de 35 €/mois, HubSpot Starter à 20 €/mois sont largement suffisants pour gérer prospects, relances et signatures. Les CRM spécialisés (Tracker, Wealth Track, ZeendOC) facturent 90 à 250 €/mois et apportent du sens à partir de 300 contrats actifs. Pas avant.
Devoir de conseil. Le cabinet en démarrage doit produire dès la première semaine de production trois documents formalisés : la fiche de recueil des besoins (FRB), le document d'information sur le produit d'assurance (DIPA pour la santé/prévoyance, IPID pour l'IARD), et la trace écrite de la motivation du choix proposé. Sans ces trois pièces signées, le devoir de conseil n'est pas réputé satisfait. C'est le premier point de contrôle de l'ACPR en cas de réclamation client. Voir acpr.banque-france.fr pour les recommandations en vigueur.
Signature électronique. Un outil de signature à 9 à 25 €/mois (Yousign, DocuSign Personal, Universign) double le taux de transformation à distance. Le délai moyen de signature passe d'environ 8 jours en envoi papier à 24 heures en signature électronique. Pour un courtier débutant qui démarche à distance, c'est le levier rentabilité numéro un.
Parcours commercial. Standardiser dès le J30 un parcours en quatre étapes : prise de contact (10 min), recueil besoins (45 min), présentation de la proposition (30 min), signature et onboarding (30 min). Bloquer ces durées dans l'agenda. Refuser le rendez-vous "découverte" sans cadrage, qui consomme 90 minutes sans signature dans 70 % des cas.
C'est aussi le moment de choisir un grossiste multi-lignes. L'objectif : passer par un seul interlocuteur pour 60 à 70 % des dossiers, et garder les codes directs pour les niches. C'est précisément l'usage pour lequel notre extranet Tutassur end-to-end a été conçu : un nouvel intermédiaire y trouve toutes les lignes au même endroit, avec une équipe de souscription humaine joignable au téléphone et un inspecteur courtage dédié qui fait office de mentor sur les premiers dossiers.
Pour comprendre la mécanique des codes et leur impact sur la trésorerie, lire comment ouvrir un code courtier grossiste.
J60-J90 : industrialiser et fidéliser
Le troisième mois change de logique. Jusqu'ici, le cabinet en démarrage produisait à l'unité. À partir du J60, il faut industrialiser : reproduire les actes qui marchent, automatiser les relances, mesurer la production. C'est le mois où le travail devient un métier.
Premières recommandations clients. Un client signé au J45 doit être appelé au J75 pour un point de satisfaction et une demande explicite de recommandation. Le taux de réponse positive à 30 jours est de 40 à 55 %, contre moins de 15 % au-delà de 6 mois. La recommandation tiède expire vite. Mettre une tâche CRM systématique à J+30 après chaque signature.
Premiers renouvellements. Les contrats signés au J20-J30 arrivent à leur premier appel de prime annuel au J380-J390. Préparer dès maintenant le process : courrier 60 jours avant échéance, appel téléphonique 30 jours avant, point devoir de conseil renouvelé. Un renouvellement mal géré la première année casse durablement la confiance.
Reporting. Au J90, tenir un tableau de bord mensuel à 5 lignes : nombre de RDV, nombre de propositions émises, nombre de signatures, chiffre d'affaires commissions encaissées, chiffre d'affaires commissions à venir. Sans ce tableau, le pilotage devient affectif. Avec, les décisions de mois 4, 5 et 6 s'appuient sur des faits.
Formation continue. Vérifier au J90 que les heures DDA s'accumulent. Sur 15 heures annuelles requises, en avoir validé 4 à 5 à 90 jours est un bon rythme. Notre formation mensuelle tracée, animée par les inspecteurs courtage et certifiée DDA, sert exactement à ce besoin : un débutant valide ses heures pendant qu'il apprend des cas concrets de souscription, sans bloquer une journée pleine.
Selon l'Argus de l'assurance et les chiffres CSCA, environ 30 % des courtiers immatriculés cessent leur activité dans les 2 premières années. La cause principale n'est pas le manque de talent commercial. C'est l'absence de structure : pas de CRM, pas de devoir de conseil tracé, pas de reporting. Les trois actions ci-dessus, mises en place avant le 90e jour, suppriment l'essentiel du risque.
Les 7 erreurs qui tuent un cabinet débutant
Sur la base de centaines d'onboardings observés par nos inspecteurs courtage, sept erreurs reviennent presque systématiquement chez les courtiers qui décrochent au bout d'un an. Aucune n'est rédhibitoire prise isolément. Le cumul l'est.
1. Ouvrir 12 codes en 2 mois. Le réflexe du débutant est de multiplier les codes pour "avoir le choix". Résultat : aucune compagnie ne le connaît, aucun extranet n'est maîtrisé, et la formation se dilue. Trois à cinq codes suffisent.
2. Acheter le CRM le plus cher du marché. Payer 250 €/mois un outil métier avant 20 clients, c'est s'imposer un coût fixe qui pèse sur la trésorerie sans gain mesurable. Démarrer simple, monter en gamme à 100 ou 200 contrats.
3. Négliger la trace du devoir de conseil. Pas de FRB, pas de motivation écrite. Tant qu'aucune réclamation n'arrive, tout va bien. Le jour où elle arrive, l'ACPR demande les pièces et le courtier ne les a pas. Sanction quasi automatique.
4. Vouloir tout faire seul. Refuser de passer par un grossiste pour économiser quelques points de commission, c'est cumuler 10 extranets, 10 souscripteurs et zéro mentor. Sur les dossiers complexes, le débutant perd des semaines.
5. Ignorer les 15 heures DDA. Découvrir en décembre qu'il manque 10 heures de formation oblige à payer en urgence des modules à 600-1 200 € et expose à un défaut de conformité. À planifier dès J0.
6. Confondre chiffre signé et chiffre encaissé. Les commissions tombent souvent à 30, 60 voire 90 jours selon les compagnies. Un courtier qui dépense ses signatures sans vérifier les versements se met en cessation de paiement avant la fin de l'année 1.
7. Couper le téléphone aux clients gagnés. L'attention portée aux 20 premiers clients détermine le moteur de recommandation des 24 mois suivants. Les négliger pour "chasser du neuf" est le calcul perdant le plus fréquent.
Le programme Tutassur "Premier portefeuille"
Pour les courtiers qui s'immatriculent à l'ORIAS et choisissent de démarrer avec nous, on a structuré un programme dédié, appelé Premier portefeuille. Il couvre exactement les 90 jours décrits plus haut, et il s'appuie sur trois piliers internes : l'inspecteur courtage dédié qui sert de mentor opérationnel sur les premiers dossiers, la formation mensuelle tracée DDA qui valide les 15 heures annuelles pendant que le débutant apprend, et l'extranet Tutassur end-to-end qui regroupe IARD particulier, IARD pro, santé, prévoyance et risques aggravés au même endroit.
Concrètement, un courtier inscrit au programme reçoit dans la première semaine : ses codes activés, un accès extranet personnalisé, un rendez-vous d'1 heure avec son inspecteur courtage, l'accès au planning de formation des 12 mois suivants, et le contact direct de l'équipe de souscription pro humaine joignable au téléphone. Pas de tunnel automatique, pas de bot. Une vraie équipe basée à Grenoble.
Voir le détail sur la page Devenir partenaire. Pour comprendre la philosophie qui sous-tend ce programme, lire aussi notre manifeste du courtage de gros nouvelle génération.
Foire aux questions
Combien de codes ouvrir en démarrage ?
Trois à cinq codes suffisent les six premiers mois. Un IARD particulier, un IARD pro, un santé/prévoyance TNS, et idéalement un grossiste multi-lignes pour couvrir le reste. Au-delà, l'apprentissage des extranets se dilue.
Quel CRM choisir en démarrage ?
Sellsy (~40 €/mois) ou Pipedrive (~35 €/mois) suffisent largement la première année. Les CRM spécialisés courtage (Tracker, Wealth Track) deviennent pertinents à partir de 300 contrats.
Faut-il un local pour démarrer ?
Non. Aucune obligation légale. Le domicile ou un coworking à 200-300 €/mois suffisent la première année. Le local de centre-ville ne se justifie qu'à partir d'une équipe de deux et d'un flux clients physiques régulier.
Auto-entrepreneur ou SARL ?
Le statut auto-entrepreneur n'est pas compatible avec une activité de courtage structurée. SASU dans 70 % des cas, SARL/EURL sinon. À cadrer avec un expert-comptable dès l'immatriculation.
Comment se faire connaître au démarrage ?
La recommandation représente 60 à 70 % de la production des cabinets de moins de 3 ans. LinkedIn, partenariats experts-comptables et notaires, Google Business Profile, site simple avec demande de devis. SEO et publicité payante deviennent rentables après 12-18 mois.
Combien de temps avant l'équilibre financier ?
12 à 18 mois en moyenne. Prévoir une trésorerie personnelle de 12 mois de charges fixes ou un revenu conjoint qui amortit la période creuse.
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Questions fréquentes
Combien de codes ouvrir en démarrage ?
Trois à cinq codes suffisent les six premiers mois. Un IARD particulier (auto/MRH), un IARD pro (RC Pro, multirisque entreprise), un santé/prévoyance TNS, et idéalement un grossiste multi-lignes capable de couvrir le reste. Au-delà, on disperse l'apprentissage des extranets et on dilue la production par compagnie, ce qui ferme les portes à la fin de l'année si aucun code n'atteint son seuil minimum de chiffre.
Quel CRM choisir en démarrage ?
Pour un cabinet en démarrage seul, Sellsy autour de 40 €/mois ou Pipedrive autour de 35 €/mois suffisent largement les douze premiers mois. Les CRM spécialisés courtage type Tracker, Wealth Track ou ZeendOC sont mieux adaptés à partir de 300 contrats en portefeuille. Le mauvais réflexe consiste à payer 200 €/mois un outil métier avant d'avoir 20 clients : on paye un outillage qu'on n'a pas la matière à remplir.
Faut-il un local pour démarrer ?
Non. Aucune obligation légale d'avoir un local professionnel pour exercer comme courtier. Le domicile suffit la première année si la résidence le permet. Un espace coworking à 200-300 €/mois apporte une adresse pro, une salle de réunion et un cadre. Le local de centre-ville ne se justifie qu'à partir d'une équipe de deux personnes et d'un flux clients physiques régulier, soit rarement avant la 2e ou 3e année.
Auto-entrepreneur ou SARL ?
Le statut d'auto-entrepreneur n'est pas compatible avec l'activité de courtage en assurance dès lors qu'il y a perception de commissions régulières : l'ACPR considère qu'il s'agit d'une activité commerciale structurée. La SASU ou la SARL/EURL sont les formes les plus utilisées. La SASU offre plus de souplesse pour faire entrer un associé plus tard, la SARL est moins coûteuse en charges sociales sur les dividendes. À étudier avec un expert-comptable dès l'immatriculation ORIAS.
Comment se faire connaître au démarrage ?
La recommandation reste le canal numéro 1 : 60 à 70 % de la production des cabinets de moins de 3 ans vient des proches, du réseau pro précédent et des clients existants. Les autres leviers utiles : LinkedIn (1 publication métier par semaine), partenariats avec experts-comptables et notaires locaux, présence Google Business Profile, et un site simple avec demande de devis en ligne. Le SEO et la publicité payante ne deviennent rentables qu'après 12 à 18 mois de structuration.
Combien de temps avant l'équilibre financier ?
Compter 12 à 18 mois en moyenne pour qu'un courtier débutant atteigne un revenu équivalent à son ancien salaire. Les 6 premiers mois servent à constituer le stock de contrats (les commissions arrivent en décalé), les 6 suivants à stabiliser le récurrent. Prévoir une trésorerie personnelle de 12 mois de charges fixes avant de se lancer, ou un revenu conjoint qui amortit la période creuse.