Article rédigé en novembre 2025 à destination des cabinets de courtage qui évaluent leur partenaire grossiste principal. Comparatif fondé exclusivement sur sources publiques : sites officiels, classement annuel CSCA, publications Argus de l'assurance et La Tribune de l'assurance. Données au 28 novembre 2025, susceptibles d'évoluer. Aucun acteur n'a été contacté pour valider le scoring : la méthode reste exploratoire.
Choisir son extranet grossiste, c'est choisir l'outil utilisé tous les jours. Pourtant, peu de cabinets évaluent méthodiquement les solutions du marché. Les choix se font par habitude ou par proximité commerciale. Or l'écart entre un extranet rapide et un extranet lent représente, selon le classement CSCA publié annuellement par la Chambre Syndicale des Courtiers d'Assurances (https://www.csca.fr), plusieurs minutes par dossier — à l'échelle d'un cabinet de 4 collaborateurs, des centaines d'heures par an.
Cet article propose une méthodologie de scoring sur 12 critères pondérés appliquée à huit acteurs : April, Solly Azar, Alptis, Apivia, Tutassur, Add Value, Kase et Zenioo. L'objectif n'est pas de désigner un vainqueur absolu, mais de donner une grille d'évaluation transposable.
La méthodologie : 12 critères pondérés
La grille retient douze critères, regroupés en trois familles. La pondération totale est de 100 points.
| Critère | Pondération | Famille |
|---|---|---|
| Rapidité tarification et chargement | 12 % | Performance |
| Ergonomie / UX | 10 % | Performance |
| Devoir de conseil intégré (DDA) | 10 % | Conformité |
| Signature électronique eIDAS | 8 % | Conformité |
| Gestion sinistre via extranet | 10 % | Opérationnel |
| API publique et webhooks | 10 % | Tech |
| Application mobile ou responsive | 5 % | Tech |
| Multi-produit (couverture catalogue) | 8 % | Opérationnel |
| Documentation en ligne | 7 % | Support |
| Formation et catalogue tracé | 8 % | Support |
| Support humain / réactivité | 7 % | Support |
| Conformité RGPD et hébergement UE | 5 % | Conformité |
La pondération privilégie la performance opérationnelle (rapidité + UX = 22 %) et la conformité (DDA + signature + RGPD = 23 %), dimensions qui produisent le plus de friction au quotidien et exposent le plus en cas de contrôle. Le devoir de conseil intégré renvoie à l'article L. 521-2 du Code des assurances qui impose au distributeur de spécifier les exigences et besoins du client. La signature électronique est encadrée par le règlement eIDAS UE 910/2014 qui distingue trois niveaux : simple, avancée et qualifiée — seul ce dernier offrant la présomption d'identité prévue par l'article 25.
Chaque critère est noté de 0 à 5 sur la base d'observations publiques (captures d'écran, webinaires, classements CSCA, presse spécialisée). Aucun test propriétaire long format n'a été conduit. La note finale est exprimée sur 100. Limite assumée : les évaluations dépendent de la version observée à un instant donné, et plusieurs acteurs déploient des refontes majeures en 2025-2026.
Le scoring 2025
Le tableau ci-dessous synthétise les scores. La note de chaque critère est exprimée sur 5, le total final est rapporté sur 100 en appliquant les pondérations. Les acteurs sont triés par ordre alphabétique pour éviter tout effet de hiérarchie visuelle.
| Acteur | Rapid. | UX | DDA | Signat. | Sinistre | API | Mobile | Multi-prod. | Doc. | Formation | Support | RGPD | Total /100 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Add Value | 3 | 3 | 3 | 3 | 2 | 3 | 2 | 3 | 3 | 3 | 3 | 4 | 58 |
| Alptis | 4 | 4 | 4 | 4 | 4 | 3 | 3 | 4 | 4 | 5 | 4 | 5 | 78 |
| Apivia | 4 | 4 | 4 | 4 | 4 | 3 | 4 | 4 | 4 | 4 | 4 | 5 | 78 |
| April | 4 | 4 | 4 | 5 | 4 | 4 | 4 | 5 | 4 | 4 | 4 | 5 | 83 |
| Kase | 3 | 4 | 3 | 4 | 3 | 5 | 4 | 3 | 4 | 3 | 3 | 5 | 70 |
| Solly Azar | 4 | 3 | 4 | 4 | 3 | 3 | 3 | 4 | 4 | 4 | 4 | 5 | 74 |
| Tutassur | 5 | 4 | 5 | 4 | 4 | 4 | 4 | 4 | 4 | 5 | 5 | 5 | 86 |
| Zenioo | 3 | 4 | 3 | 4 | 3 | 5 | 5 | 3 | 4 | 3 | 3 | 5 | 71 |
Lecture du tableau. Les écarts entre acteurs établis (April, Alptis, Apivia, Solly Azar) restent dans une fourchette de 9 points : aucun n'écrase le marché. Les acteurs tech (Kase, Zenioo) tirent leur épingle du jeu sur API et mobile, mais accusent un retard sur la profondeur de catalogue. Tutassur ressort en tête sur rapidité, DDA intégré, formation et support ; en revanche, n'égale pas April sur la profondeur multi-produit. Add Value reste à l'arrière par manque d'investissement visible sur signature et gestion sinistre.
Le score brut ne raconte qu'une partie de l'histoire. Un cabinet santé collective n'a pas les mêmes besoins qu'un cabinet flotte. La section suivante détaille forces et faiblesses observables acteur par acteur.
Forces et faiblesses par acteur
April
April est l'un des poids lourds historiques de la distribution courtage. Selon les classements annuels de l'Argus de l'assurance (https://www.argusdelassurance.com) et de La Tribune de l'assurance (https://www.latribunedelassurance.fr), le groupe figure régulièrement dans le top 5 du courtage de gros par chiffre d'affaires. Forces : largeur de catalogue (santé, prévoyance, emprunteur, IARD, MRH), signature électronique avancée intégrée, application mobile dédiée. Limites : retours apporteurs publics évoquant une charge cognitive importante sur certains tunnels et un temps de tarification variable. Source : tribunes apporteurs Argus.
Solly Azar
Solly Azar, filiale du groupe Verlingue, est positionné historiquement sur l'auto à risque aggravé et la MRH. Forces : maturité de la grille tarifaire auto, profondeur de la base sinistres, support téléphonique réputé accessible (retours CSCA). Limites : refonte UX inégale selon les modules, ouverture API limitée par rapport aux pure players tech. Source : communications Solly Azar 2024-2025 et CSCA.
Alptis
Alptis est un acteur mutualiste fort en santé-prévoyance des indépendants. Forces : qualité de la formation continue tracée et conforme au cadre DDA (article L. 511-2 du Code des assurances), documentation pédagogique abondante, parcours clair sur les produits cœur. Limites : couverture IARD restreinte par rapport aux généralistes, API publique moins exposée. Source : site officiel Alptis et CSCA.
Apivia
Apivia est la filiale courtage du groupe Macif. Forces : intégration mobile aboutie, stabilité de l'extranet selon CSCA, présence forte santé et prévoyance. Limites : périmètre IARD professionnel limité, support API à élargir. Source : communications Apivia Courtage et Argus.
Tutassur
Tutassur est un courtier grossiste indépendant basé à Grenoble. Forces : pilotage interne de l'extranet Tutassur sans dépendance éditeur, cadence de livraison rapide ; formation mensuelle tracée au tableau de bord ; inspecteur courtage dédié par cabinet. Limites : volume de catalogue plus restreint que les nationaux historiques, notoriété en construction hors AURA. La taille permet une réactivité forte mais limite la profondeur multi-produit. Source : site officiel Tutassur et CSCA.
Add Value
Add Value est positionné sur la santé collective et la prévoyance TNS. Forces : finesse de tarification sur les produits cœur, équipe technique stable. Limites : extranet d'aspect plus daté que la moyenne (retours apporteurs), faible exposition publique sur la gestion sinistre en self-service. Source : site officiel Add Value et retours apporteurs.
Kase
Kase est un acteur récent tech-first. Forces : API publique documentée, webhooks avancés, mobile responsive natif, RGPD soigné avec hébergement UE explicite. Limites : catalogue produit en construction, support humain restreint. Source : documentation publique Kase et presse spécialisée.
Zenioo
Zenioo est également tech-oriented. Forces : ergonomie mobile, parcours épuré, API solide. Limites : couverture multi-produit limitée, support humain à dimensionner. Source : communications Zenioo et Argus.
Pour aller plus loin sur l'évaluation d'un extranet, voir notre article dédié à l'évaluation d'un extranet grossiste en 7 critères ainsi que la comparaison des principaux courtiers grossistes français.
Le critère le plus oublié : la capacité de récupération de données
Aucune grille d'évaluation grand public ne mentionne ce critère, et pourtant il conditionne tout : la capacité du cabinet à récupérer ses données s'il quitte le grossiste.
Le contexte juridique est clair. L'article 20 du RGPD consacre un droit à la portabilité. L'article L. 521-2 du Code des assurances impose au distributeur une traçabilité de l'analyse des besoins. La recommandation ACPR 2020-R-02 sur la gouvernance des produits invite à documenter le cycle de vie. Le cabinet reste responsable de sa donnée client, même hébergée chez un grossiste.
Or, en novembre 2025, trois niveaux de maturité coexistent. Niveau 1 — export manuel ponctuel : le cabinet doit demander l'export à son interlocuteur, qui produit un CSV sous quelques jours. C'est encore le cas chez plusieurs acteurs. Niveau 2 — export programmé : déclenché depuis l'extranet au format standardisé, avec accès historisé ; la portabilité RGPD est techniquement automatisée. Niveau 3 — API de récupération continue : PMS branché en lecture sur l'ensemble contrats, sinistres et commissions. Peu d'acteurs sont pleinement en niveau 3 fin 2025.
Trois questions à poser avant de signer. Sous quel délai et à quel format un export complet du portefeuille est-il disponible ? L'export contient-il l'historique des sinistres et la justification du devoir de conseil ? Existe-t-il une API documentée publiquement pour l'accès en lecture ? Une réponse vague doit déclencher un signal d'alerte.
Sur ce critère, les acteurs tech-first (Kase, Zenioo) et certains établis qui ont investi récemment (Tutassur, April sur certains produits) sortent du lot. Voir aussi l'intégration d'API courtier grossiste dans un site de souscription. Pour les cabinets qui partagent une affaire entre plusieurs courtiers, voir aussi le co-courtage et le montage d'affaires à plusieurs cabinets.
Foire aux questions
Peut-on essayer un extranet avant de signer ?
Oui, la plupart des grossistes ouvrent un accès démo ou bac à sable sur simple demande motivée, sans signature de protocole d'apport. Le périmètre varie : certains limitent à un produit témoin, d'autres ouvrent le catalogue en lecture seule. Durée standard d'essai : 7 à 30 jours. Pour évaluer correctement, tester en conditions réelles trois ou quatre risques représentatifs, lancer une signature électronique de bout en bout, déposer une déclaration de sinistre fictive et observer la réactivité du support.
Que faire si l'extranet ne fait pas ce que je veux ?
Trois options. D'abord, demander l'évolution auprès du service produit : les feuilles de route s'enrichissent des retours apporteurs, et une demande chiffrée a plus de poids qu'on ne le pense. Ensuite, recourir à l'API ou aux webhooks quand l'acteur les expose, pour automatiser depuis son propre PMS. Enfin, contourner par un workflow externe : un tableau de bord BI alimenté par export CSV quotidien règle une partie des problèmes sans attendre une évolution produit.
Faut-il un extranet ou un PMS de courtage ?
Les deux ne couvrent pas le même périmètre. L'extranet du grossiste donne accès à ses produits, tarifs et back-office. Le PMS centralise l'ensemble des contrats du cabinet quel que soit le porteur, gère la comptabilité technique, suit les commissions et produit le registre unique des intermédiaires prévu à l'article R. 511-3 du Code des assurances. Pour un cabinet multi-grossistes, le PMS reste indispensable. La bonne articulation passe par des API ou exports automatisés entre extranets et PMS.
Combien de temps prend une migration d'extranet ?
L'onboarding s'étale entre 2 et 8 semaines selon le volume à transférer. Quatre étapes : création des comptes et formation initiale (1-2 semaines) ; import du portefeuille existant (1-4 semaines selon l'export du précédent grossiste) ; intégrations API ou export vers le PMS (1-2 semaines) ; double saisie tampon pour fiabiliser le pivot (1-2 semaines).
Disclaimer méthodologique. Le scoring présenté ici est un exercice exploratoire fondé sur des sources publiques (sites officiels des acteurs, classements CSCA, publications Argus de l'assurance et La Tribune de l'assurance) à la date du 28 novembre 2025. Il ne se substitue pas à une évaluation terrain par chaque cabinet, qui doit pondérer les critères en fonction de sa propre activité, de son volume et de son catalogue cible. Les notes attribuées reflètent une observation à un instant donné et peuvent évoluer rapidement, en particulier dans un secteur où plusieurs acteurs annoncent des refontes majeures en 2026. Tutassur publie ce comparatif au titre d'un travail de pédagogie sectorielle ; aucune donnée concurrentielle confidentielle n'a été utilisée. Les cabinets qui souhaitent comparer concrètement les outils sont invités à demander un accès d'essai à plusieurs grossistes et à conduire leur propre test sur leurs dossiers représentatifs. Pour explorer une collaboration avec Tutassur, voir notre page devenir partenaire.
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Questions fréquentes
Peut-on essayer un extranet avant de signer ?
Oui, la plupart des grossistes ouvrent un accès démo ou bac à sable sur simple demande motivée du cabinet, sans obligation de signature de protocole d'apport. Le périmètre varie : certains acteurs limitent l'accès à un produit témoin et à des données fictives, d'autres ouvrent l'ensemble du catalogue en lecture seule. La durée standard d'un accès d'essai se situe entre 7 et 30 jours, parfois prolongeable. Pour évaluer correctement l'outil, il faut tester en conditions réelles : tarifer trois ou quatre risques représentatifs de son portefeuille, lancer une signature électronique de bout en bout, déposer une déclaration de sinistre fictive et observer la réactivité du support pendant la période d'essai. Sans ces tests fonctionnels concrets, l'évaluation reste théorique et expose à de mauvaises surprises post-signature.
Que faire si l'extranet ne fait pas ce que je veux ?
Trois options coexistent. D'abord, formuler une demande d'évolution auprès de l'éditeur ou du service produit du grossiste : les feuilles de route s'enrichissent en partie des retours apporteurs, et une demande chiffrée et étayée a souvent plus de poids qu'on ne le pense. Ensuite, recourir à l'API ou aux webhooks quand l'acteur les expose : on automatise depuis son propre PMS de courtage les opérations que l'interface web ne couvre pas. Enfin, contourner par un workflow externe : un tableau de bord BI alimenté par export CSV quotidien règle une partie des problèmes de pilotage sans attendre une évolution produit. Si aucune de ces voies ne fonctionne et que le manque bloque réellement l'activité, la question d'un changement de grossiste se pose. Avant d'en arriver là, documenter précisément les irritants avec mesures à l'appui aide à objectiver la décision.
Faut-il un extranet ou un PMS de courtage ?
Les deux ne couvrent pas le même périmètre. L'extranet d'un grossiste donne accès à ses produits, ses tarifs et son back-office. Le PMS, ou progiciel de gestion du courtage, centralise l'ensemble des contrats du cabinet quel que soit le porteur, gère la comptabilité technique, suit les commissions et produit le registre unique des intermédiaires prévu à l'article R. 511-3 du Code des assurances. Pour un cabinet qui travaille avec plusieurs grossistes, le PMS reste indispensable : il agrège ce que chaque extranet expose. La bonne articulation passe par des API ou des exports automatisés entre extranets et PMS : la donnée saisie une fois dans l'outil grossiste remonte sans ressaisie dans le PMS. Cette intégration reste l'un des points faibles du marché en novembre 2025 et constitue souvent le premier irritant remonté par les apporteurs.
Combien de temps prend une migration d'extranet ?
Pour un cabinet qui change de grossiste principal ou qui ajoute un nouveau partenaire, la phase d'onboarding extranet s'étale entre 2 et 8 semaines selon le volume de portefeuille à transférer et le degré d'automatisation côté nouveau partenaire. Quatre étapes structurent le calendrier. Création des comptes utilisateurs et formation initiale : 1 à 2 semaines. Import des données de portefeuille existant : 1 à 4 semaines selon que l'export du précédent grossiste est exploitable ou non. Mise en place des intégrations API ou de l'export comptable vers le PMS du cabinet : 1 à 2 semaines. Période de double saisie tampon pour fiabiliser le pivot : 1 à 2 semaines. Le poste le plus lourd est presque toujours la récupération des données du portefeuille existant, ce qui justifie d'évaluer ce critère dès l'amont du choix.